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By: Carine Bizet

Date: September 14, 2013

Link: http://www.lemonde.fr/mode/article/2013/09/14/la-mode-americaine-entre-pudeur-et-pragmatisme_3477636_1383317.html

La mode américaine entre pudeur et pragmatism

L’été 2014 sera-t-il chaud ? Sur les podiums de New York, la température s’annonce, au mieux, tiède. Si certains créateurs s’épanouissent dans un glamour sain et bien propre, la ville n’est pas d’humeur “olé olé”. Les élections primaires pour la course à la mairie ont mis sur la touche deux des mauvais garçons de la politique américaine : Eliot Spitzer, ancien gouverneur démocrate poussé vers la sortie en 2008 à cause de son penchant pour les prostituées, a échoué dans sa tentative à briguer le mandat de contrôleur de la ville. Quant à Anthony Weiner, récidiviste de l’incontinence pornographique sur Internet, les électeurs lui ont refusé le statut de candidat, pour le parti démocrate.

De son côté, entre son goût naturel pour une mode minimaliste plutôt rigoureuse et un esprit puritain plus ou moins marqué et assumé, la modeaméricaine ne cultive pas l’art du déshabillé, même pas pour une saison qui s’y prêterait. Cela ne veut pas dire que les créateurs new-yorkais ont des penchants mormons ; ils préfèrent simplement une efficacité au mieux flirteuse.

Incarnation revendiquée du rêve américain, Ralph Lauren livre, à cetitre, une collection exemplaire inspirée des années 1960. Minirobes graphiques à col blanc portées avec des chaussettes au genou, costume trois pièces en noir et blanc ambiance Carnaby Street, robe trapèze quadrillée, microjupe vernie sous un imper assorti : on retrouve le stylepop et optimiste de Mary Quant ou de Polly Maggoo (l’héroïne du film réalisé par William Klein en 1966).

Les tailleurs géométriques aux couleurs fluo qui répondent à celles des robes du soir en taffetas accentuent le côté vitaminé de ce vestiaire. Les quelques décolletés en V profonds ont un effet plus graphique que sexy.

Chez Calvin Klein, on a connu des décennies plus chaudes : celle des années 1990 par exemple où une Kate Moss à peine majeure et quasi nue se frottait à Mark Wahlberg pour vendre les sous-vêtements à succès de la maison. Aujourd’hui, si les parfums de la griffe s’autorisent encore des spots publicitaires sexy, la mode elle, a surtout retenu la ligne minimale du fondateur.

Son successeur, Francisco Costa, fête justement cette année ses dix ans à la tête de la direction artistique de la marque. D’origine brésilienne, ce créateur talentueux et discret n’a cessé d’explorer les graphismes de la silhouette, ses lignes, ses ombres. Amoureux du noir et blanc et de toutes leurs nuances, il sculpte des collections épurées parfois subtilement sensuelles, chics et modernes avant tout.

Sa cuvée été 2014 tient, elle, de l’étude de vêtement presque expérimentale. Ses pièces aux plissés origami à bords francs et effets usés, ses robes et manteaux effilochés, ses silhouettes qui ont l’air d’être en cours de construction/déconstruction, ses effets de textures savants ne sont pas tous réussis. L’ensemble, avec son petit parfum grunge, montre toutefois l’habileté du créateur à jouer avec les codes stricts qu’on lui a légués et à les faire évoluer.

Parce qu’il se tient perpétuellement à l’écart du minimalisme ambiant,Marc Jacobs, lui, est toujours un cas à part. Parce qu’il est aussi (pour l’instant) le seul designer à présenter deux défilés d’envergure à New York puis un autre à Paris, chez Louis Vuitton. Son style, infusé de culture pop et d’histoire de la mode, garde sa bizarrerie sympathique et intrigante qui séduit les excentriques. Pas les allumeuses ou les séductrices.

Pour sa ligne Marc by Marc, il imagine des tailleurs pantalons et des combinaisons en satin (avec option paillettes) à porter avec des baskets rétro qui équilibrent le côté ultrafille du satin pastel. Du tout-confort, efficace, facile à vivre. L’arrivée la saison prochaine de deux créatrices “officielles” à la tête de cette ligne, les anglaises Katie Hillier et Luella Bartley, devrait lui donner un joli coup de fouet et une allure branchée définitivement pop rock.

Pour sa griffe principale, le créateur avait décidé de fermer la Fashion Week, jeudi 12 septembre à 20 heures. Une option problématique puisque la session de défilés de Londres commençait dès le vendredi 13. Nombre de magazines et de quotidiens européens (dont Le Monde) ont donc choisi leur côté de l’Atlantique et une lecture en ligne du show pour ne pas pénaliser des designers britanniques qui n’ont pas la puissance financière ou médiatique de l’Américain.

Le show ne prend pas franchement la saison au premier degré : les imprimés sombres et des passementeries victoriennes sur des maxirobes ou des ensembles aux proportions savamment gonflées dessinent une ligne à l’étrangeté purement “marcjacobsienne”. Une performance décalée et riche en idées qui montre que le problème de Marc Jacobs n’est certainement pas le talent. Mais peut-être ses corollaires : le succès et sa gestion, le rapport aux autres membres de l’industrie

 

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By: Carine Bizet

Date: September 12, 2013

Link:  http://www.lemonde.fr/style/article/2013/09/12/la-modernite-par-dela-la-nouveaute_3476589_1575563.html

 La modernité, par-delà la nouveauté

New York est une jeune capitale de la mode. Longtemps connue pour ses grands noms du luxe comme Ralph Lauren, Calvin Klein ou Michael Kors, elle a changé de profil grâce à une nouvelle génération de créateurs. Alexander Wang, Phillip Lim, Proenza Schouler et quelques autres ont fait de la ville un vivier créatif branché où la nouveauté est une quête jamais assouvie.

Mais les “vieux lions” n’ont pas l’intention de laisser toute la place. La bonne santé des labels “académiques” est là pour rappeler une chose : la modernité, être de son temps et donc s’adresser à un vrai public, prime toujours sur la nouveauté. La jeunesse n’est pas systématiquement un atout. Les marques qui défilent cette semaine sur fond de commémoration des attentats du 11-Septembre le prouvent.

A 22 ans, la griffe de Michael Kors n’a rien perdu de son glamour efficace et facile à vivre. Ses tee-shirts ajustés en peaux sur jupes droites fendues, ses blouses à col étiré sur pantalons larges, ses robes évasées à motifs végétaux ont une allure subtilement rétro mais une énergie d’aujourd’hui.

Le New-Yorkais Narciso Rodriguez habille les Américaines chics, actives, cultivées. En France, on connaît surtout ses parfums, mais sa mode gagne à être redécouverte. Depuis deux décennies, il invente des silhouettes minimales et sensuelles. Pour l’été 2014, ses robes patchwork graphiques combinent des effets mat-brillants, lisses-texturés et opaques-transparents équilibrés et élégants.

Le designer Reed Krakoff, lui, est encore en train de poser ses marques. Le créateur qui a lancé son label il y a trois ans en est désormais l’actionnaire majoritaire. Ses tops et trenchs en cuir mat, ses blousons et sweat-shirts en soie et ses pantalons façon smoking de jour ont de l’allure. Mais les coloris doucereux et des robes de mousseline floue font baisser le niveau d’énergie. En durcissant un peu sa ligne minimaliste, il devraittrouver ses marques.

Cela dit, une signature établie, n’est pas un gage de réussite pérenne. D’autant que l’été est la saison la plus propice aux clichés vestimentaires fatigués, comme l’inépuisable trinité plage-mer-soleil.

Dans un décor de dunes, Tommy Hilfiger livre par exemple une collection sur le thème du surf. Rien n’est raté, les tenues sport (versions décontractées du célèbre style preppy du créateur) sont justes et portables. Mais à force d’évidence, l’ensemble paraît scolaire : la mode d’aujourd’hui doit pouvoir se lire à plusieurs degrés pour entrer dans un maximum de vestiaires.

La créatrice Donna Karan aussi a choisi une voie familière : sa collection aux teintes désertiques évoque le western pur luxe. Du chapeau savamment “roulotté” aux patchworks de cuir, tout respire la perfection. Et pourtant, on a envie d’ébouriffer ces filles intimidantes à force d’incarner le bon goût de la bourgeoisie américaine.

Le luxe irréprochable est aussi la signature de Carolina Herrera, qui décline, chaque saison, des silhouettes à jupes longues et blouses couture. Mais pour l’été prochain, les jeux de rayures graphiques et les broderies cubistes brouillent étrangement la ligne. Pousser le style classique de la maison vers un esprit arty lui ôte un peu de sa pertinence.

Il ne suffit toutefois pas d’être branché pour être moderne. Kate et Laura Mulleavy, de Rodarte, se sont fait un nom grâce à des créations excentriques et hautement artisanales. Depuis quelques saisons, elles paraissent se chercher et, cette fois, elles semblent s’être bien égarées. Leurs bustiers à franges, vestes en lamés, bijoux cadenas et robes sexy évoquent le pire des années 1980 et/ou un dressing de girl de Las Vegas en tournée. A force de vouloir forcer le trait, elles ont eu la main lourde.

Parfois, mieux vaut rester modeste, faire ce que l’on sait faire, quitte à ne pas faire avancer la mode, mais ce n’est pas la fonction de toutes les marques. C’est l’option choisie par Andreas Melbostad chez Diesel Black Gold. Ses jeans usés appliqués de broderies miroirs ou de dentelle anglaise, ses pantalons de cuir lacé le long de la jambe et ses minijupes perforées collent au genre rock’n'roll de la marque. Sans esbroufe et efficace.

Ex-enfants stars (vues en France dans la série américaine “La fête à la maison”), Mary Kate & Ashley Olsen ont convaincu l’industrie de la mode en faisant “profil bas” et grâce à leur vraie passion du vêtement. Leur ligne The Row est en train de se faire une place parmi les labels de luxe confidentiels. Leur collection estivale est une interprétation poétique d’un voyage tropical. Les longues jupes vaporeuses, vestes sans manches aux textures mates, les robes caftan et pantalons stricts dessinent une ligne originale sur un thème rebattu.

Avec ses silhouettes aux superpositions savantes, Olivier Theyskens s’approche dangereusement d’un tic de mode du moment : le look grunge. Mais le créateur de Theyskens’Theory maîtrise le sujet avec grâce. Ses assemblages de vestes droites, bustiers en maille sur tee-shirts longs, jupes en mousseline sur bermuda tailleurs ont une aisance ultramoderne. Et pour la vie de tous les jours, elles se décomposent sans problème en pièces faussement basiques. Alors que la mode parisienne l’a célébré ou critiqué pour ces créations proches de la couture (quand il officiait chez Nina Ricci et Rochas), ce Belge semble avoir trouvé ici un mode d’expression plus quotidien, mais pas moins séduisant.

Les pièces de Phillip Lim ont aussi beaucoup de charme et d’originalité. Le jeune Américain, qui a créé sa marque en 2005, s’est fait connaître grâce à ses modèles composites qui mêlent références street et sport à des détails classiques. Ses sweat-shirts en organza rebrodé de motifs minéraux et sinueux, ses hauts à basques de cuir contrasté à lacets et oeillets, ses blousons sans manches patinés de nuances métalliques déclinent une sophistication contemporaine et sensible. A observer cette collection, on se dit qu’une des meilleures façons d’accéder à la modernité c’est de garderun oeil sur ce côté humain et tactile du vêtement qui le rend désirable.

La collection de Proenza Schouler en fait la démonstration. Le duo derrière ce label (Jack McCollough et Lazaro Hernandez) appartient à juste titre à l’élite des nouveaux designers américains. Leur collection d’été est une réussite dont l’équilibre, graphique et sensuel, repose sur un mélange de références cultivées et de techniques savantes. Une touche d’Arte Povera, un peu de design mobilier américain des années 1950, des techniques de tissage traditionnelles venues du Maroc : la recette paraît compliquée mais le résultat est chic, nerveux, sensuel moderne. Les tailleurs-pantalons taille haute imprimés d’arbres en noir et blanc, les textures plissées façon écorce de bouleau, les pièces en veau velours, relevés de détails métalliques abstraits croisent les plissés soleil et les mailles rainurées relevées de lignes en lurex. Si la silhouette peutintimider, les pièces ont suffisamment d’allure pour se fondre dans n’importe quel style de vie – et pas seulement pour une saison. Le luxe du XXIe siècle, c’est ça.

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By: Carine Bizet

Date: September 10, 2013

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Ambiance plage chez Tommy Hilfiger

Des planches décolorées serpentant au milieu de dunes, des surfs et des chaises des maîtres-nageurs : Tommy Hilfiger a emporté, lundi 9 septembre, son public à la plage, pour sa collection printemps-été 2014 présentée à la Fashion Week de New York. C’était, a-t-il expliqué, “la célébration d’un été sans fin”, avec une collection femme qui voulait“capturer l’aisance et l’attitude” du style californien, de “Melrose à Malibu”.

Dans l’immense entrepôt du Pier 94, au bord du fleuve Hudson, avec le bruit des vagues en ouverture de défilé, la femme Hilfiger porte une petite robe inspirée des tenues de plongée en cuir beige et bordeaux avec des sandales plates, un petit blouson aviateur en cuir beige et turquoise sur un maillot de bain et un petit short en soie, ou encore une robe de soie rouge qui réinterprète le traditionnel maillot de basket-ball. Les imprimés sont hawaïens, jupettes et shorts laissent voir le nombril, maillots de bain et pantalons en néoprène s’ornent de grosses fermetures éclair colorées. Et les couleurs orangé, saumon et turquoise sont à l’unisson de cette décontraction tonique et sportive. En sortant du défilé, Nicole Fischelis, directrice de la mode pour le grand magasin Macy’s, était ravie. “C’est une bonne vibration, une excellente façon de commencer la semaine”.

Peu avant, dans un style tout autre, Carolina Herrera avait enchanté le théâtre du Lincoln Center avec une collection jouant avec les motifs géométriques, inspirée, a expliqué la styliste d’orgine vénézuélienne, par l’art cinétique. A 74 ans, la doyenne des créatrices new-yorkaises a marié les tissus – organdi, mousseline de soie – pour créer des “vêtements en mouvement”, aux lignes tourbillonnantes, souvent en noir et blanc, l’une des tendances fortes des collections printemps-été 2014. Le top model Karli Kloss fermait le défilé dans une longue robe d’organdi de soie ivoire aux motifs noirs et roses quasi hypnotiques. “Des motifs en noir et blanc, des imprimés cramoisis, sienne et terre brûlée contrastent avec des tons plus doux comme le vert thé, la porcelaine et le mauve, pour accentuer le jeu sur la perception”, pouvait-on lire dans les notes explicatives de Carolina Herrera.

L’actrice Uma Thurman était au premier rang. C’était un défilé “ravissant, le meilleur que New York ait à offrir”. Christina Hendricks, l’actrice voluptueuse de la série “Mad Men” avait aussi fait le détour. Elle était la veille déjà au défilé Zac Posen.

La Fashion Week de New York, succession frénétique de plus de 300 défilés et présentations dure jusqu’à jeudi. C’est ensuite Londres qui prend le relais, avant Milan et Paris.

 

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By: Carine Bizet

Date: September 9, 2013

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Premier défilé pour Opening Ceremony

Depuis une décennie Carol Lim et Humberto Leon, les co-designers de ce label apportent à la mode américaine une caution branchée, en prise directe avec la mode de rue. Opening Ceremony est plus qu’une griffe, c’est aussi une chaine de boutiques multimarques aux sélections judicieuses et aux prix justement calculés.

Paris est tombé sur leur charme quand ils ont pris al direction artistique de Kenzo en 2011 pour donner un second souffle-esthétique et commercial- à cette marque iconique. Au meilleur de leur forme ce duo curieux hyper-actif et peu sensible au piège du star-system de mode présente cette saison pour la première fois sa collection sous forme de défilé. Livré en fin de journée dimanche, le show valait l’attente arrosée à la bière dans un entrepôt des quais de l’Hudson.  Au bout d’un long couloir, la salle gigantesque attend un public d’humeur à faire la fête.

C’est alors qu’arrivent une armada de voitures de sport vintage (Bentley, Masserati Porsche ou Range rover) d’où sortent les mannequins. Mélanges adroits, élégants et énergiques de coupes classiques et de sportswear la collection est une réussite. Blousons plissés comme des origamis en patchworks d’imprimés, maille craquelée sous ceinture harnais de sécurité, sweatshirts à capuches et à quille, haut façon gilet d’homme croisé sur la nuque, maxi teeshirt en matière technique sur  jupe droite…..l’ensemble est drôle dynamique et sans prétention, comme ses auteurs.

Avec ce show qui met de bonne humeur, les créateurs montrent qu’ils ont leur place parmi les nouvelles stars de New York, en première division et aux côtés d’Alexander Wang.

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By: Carine Bizet

Date: September 9, 2013

Link: http://www.lemonde.fr/mode/article/2013/09/09/offre-plethorique-a-new-york_3473457_1383317.html

Offre pléthorique à New York

New York est au bord de l’indigestion. Le calendrier des défilés, en expansion vertigineuse, rassemble cette saison, plus de 300 shows sur huit jours, certains créneaux horaires accueillant jusqu’à trois shows en simultané. En cinq ans, la fashion week new-yorkaise a changé de visage pour devenir un véritable vivier créatif où les acheteurs du monde entier et les chasseurs de tête viennent chercher les nouvelles stars de la mode. Grâce aux soutien de la presse (le puissant vogue US en tête) et des réseaux commerciaux locaux, les créateurs encouragés par des programmes de soutien à l’efficacité redoutables ont investi sans complexes les podiums.

Problème : cet « engrais » a donné vie à une véritable jungle du style. Toutes les marques n’ont pas forcément besoin de défiler mais ce concept semble se heurter au principe de la liberté d’entreprendre dans une ville avide de nouveauté ; qu’il s’agisse de mode ou de dessert. Après l’invasion du cupcake,New York est en ce moment obsédé par une pâtisserie  improbable : le cronut, un croisement de croissant et de Donut (autrement dit du beurre frit avec du sucre). La chose provoque des files d’attente de plusieurs heures et des quotas d’achat que l’on croyait réservés aux sacs de luxe. Pour faire passer le cronut, la ville s’abreuve aussi  d’eau minérale enrichie en électrolytes, à choisir parmi une douzaine de variétés alignées dans les supermarchés.

Appliqué à la mode ce principe de l’offre pléthorique donne le même mélange de n’importe quoi, de moyennement gouteux et de grande réussite. Il est en tout cas le symptôme d‘une crise de croissance, rançon du succès, qu’il va falloir gérer. En trouvant un moyen juste et efficace d’élaguer ce calendrier par exemple ?

Malgré la menace d’overdose, les têtes d’affiches tiennent toutes leurs promesses. A commencer par le nouveau « King of New York », Alexander Wang. Le directeur artistique de Balenciaga signe un très bon crû.  Mélange d ‘emprunts destructurés au vestiaire masculin classique (motifs pied-de-poule abstraits, popeline de chemise d’homme, coupes tailleur)  et de détails sport infusés de hip hop (pantalons et shorts à taille élastiquée) la collection dégage une énergie communicative. Elle ne manque pas non plus d’ humour  avec son sweatshirt imprimé « parental advisory », avertissement à l’encontre de contenu sulfureux d’ordinaire collé sur les œuvres musicales) et ses motifs métalliques en X. Les monogrammes AW et les « Alexander Wang » découpés au laser ou imprimés en sérigraphie-camouflage  témoignent, eux,  d’une assurance légitime pour un créateur redoutablement efficace : on sort avec l’envie de filer à sa boutique s’offrir un peu de ce nouveau cool new yorkais.

Si Lacoste est une marque française, le sportswear minimal-chic de son talentueux d.a. Felipe Olivera Batista a trouvé sa place à New York. Ses pièces extra-light aux couleurs pastel anti-sirupeuses ont des coupes suffisamment strictes pour donner de l’allure aux silhouettes masculines comme féminines. Elles possèdent ce mélange de décontraction et de caractère qui définit le meilleur de la mode new-yorkaise : celle qui s’exporte partout.

Le travail de Derek Lam appartient à la même catégorie, dans une version minimaliste sophistiquée presque cérébrale. Ses silhouettes à jupe mi longue et haut dos nu ceinturé serré, ses effets de textures arty et ses volumes superposés évoquent l’univers de Céline, en moins radical.

Elevé en France, Joseph Altuzarra a connu le succès à New York et sa mode cherche une voie entre l’esprit couture français et le pragmatisme américain. C’est dans cette schizophrénie culturelle qu’il  s’épanouit et séduit : le groupe de luxe Kering vient de prendre une participation dans sa marque et la presse américaine l’a spontanément adopté. Les jupes fendues associées à des chemises de popeline ou de soie de sa collection été sont parfois un peu compliquées mais elles évoquent un certain chic sexy en train de devenir sa signature.

Mais la reine incontestée du glamour reste Diane von Furstenberg. La créatrice qui est aussi la présidente de CFDA (la chambre syndicale des Etats-Unis) cultive un style sexy et solaire avec une joie non dissimulée (elle sest ortie en dansant pour saluer). Ses mini tuniques façon saharienne, ses robes portefeuilles à jupes corolles ses combinaisons pantalons dos nu dégagent une énergie et une assurance qui reflètent celles de la mode américaine.

Prabal Gurung est une autre étoile montante de la scène new-yorkaise mais son style possède un spectre moins large : ses robes en satin de soie drapé, ses tailleurs de tweed dévoré sur motifs argent télescopent glamour hitchockien et esprit futuriste. Les américaines chic qui s’habillent énormément pour sortir vont adorer. Il est difficile cependant de réduire le gout local à un seul registre et les créateurs qui défilent à New York s’adressent à toutes sortes de publics.

La canadienne Calla Haynes habille par exemple les filles branchées et féminines. Ses imprimés au jet d’encre sur des textures froissées, ses tweeds mêlés de fibres de papier accompagnent des volumes abstraits pour dessiner des silhouettes originales, poétiques et fraîches. La jeune créatrice fait partie de la pépinière Made, un des réseaux de soutiens les plus actifs et montre combine New York est devenu un incubateur de talents crédible.

 

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By: Carine Bizet

Date: September 6, 2013

Link: http://www.lemonde.fr/mode/article/2013/09/06/new-york-les-grandes-tailles-a-la-fashion-week_3472334_1383317.html

New York : les grandes tailles à la Fashion Week

Dans la multitude de défilés et présentations à la Fashion Week de New York, un show pourtant modeste a suscité beaucoup d’intérêt, car il faitentrer pour la première fois au Lincoln Center une mode grandes tailles.

Dans l’univers ultra-filiforme de la semaine de la mode, où les tailles 0 (32/34) sont la norme, Eden Miller, créatrice new-yorkaise aux rondeurs joyeusement assumées doit présenter vendredi six mannequins voluptueuses, pour une mini-collection colorée, où l’imprimé règne en maître.

Costumière depuis vingt-cinq ans, elle a lancé sa ligne Cabiria en avril. En juillet, alors qu’elle réfléchit à la suite, après de premiers résultats “bons mais inattendus”, elle est contactée par le Fashion Law Institute, qui conseille et aide de petits designers talentueux n’ayant pas les moyens de se produire seuls.

“C’est un honneur incroyable, c’est absolument fantastique, a-t-elle confié avant le show. “C’est une formidable opportunité pour défendre la mode grandes tailles, car c’est aussi de la mode, qui peut être mesurée comme les autres formes de mode”.

Passionnée, elle explique sans se départir d’un immense sourire comment elle travaille sur les coupes, les biais, la silhouette, avec toujours à l’esprit de mettre en valeur le corps des femmes qui lui ressemblent. “C’est coupé et fait pour elles, en pensant à elles. Et elle se sentent belles, et cela me motive et me conduit à penser en grand”, ajoute-t-elle. Son arrivée à la Fashion Week s’est fait presque par accident. “Quand j’ai rencontré Eden, elle portait une de ses robes. Je ne me suis pas dit ‘jolie collection pour femmes fortes’, mais ‘jolie collection, j’aimerais qu’il y ait ma taille’”, explique le professeur Susan Scafidi, du Fashion Law Institute, qui présente Cabiria et cinq autres créatrices vendredi.

“Je n’ai réalisé que plus tard que Cabiria serait la première collection grandes tailles à être présentée sous les tentes du Lincoln Center, ajoute-t-elle, fière désormais d’avoir écrit “l’histoire par accident” et d’aider ainsi“les grandes tailles à sortir du placard”.
Eden Miller, dont la collection est destinée aux tailles 12 à 24 (42 à 56) aime les imprimés, et ne s’en prive pas.

“Si vous êtes forte, ce n’est pas la peine de prétendre que vous êtes menue”, affirme-t-elle. “Un imprimé à petits motifs ne marchera pas. Mieux vaut un imprimé qui sera proportionné à votre taille, dans lequel une femme mince serait noyée.”

Elle porte une cinquantaine de tatouages, dont une chauve-souris, un rat, deux coccinelles et un scarabé sur les bras, des serpents sur les mollets.“J’aime les animaux”, explique-t-elle en riant.

Elle espère que son défilé, en offrant une petite place aux grandes tailles à la Fashion Week fera date, dans un pays où la moyenne des femmes font une taille 44 (14). “J’espère vraiment que les collections dont la qualité les qualifie pour la Fashion Week, mais qui en ont été exclues parce qu’elles sont destinées aux femmes fortes, seront invitées” à l’avenir, comme les autres, dit-elle. A Milan, c’est déjà le cas depuis plusieurs années, avec les défilés d’Elena Miro.